Solène - Apprentie poissonnière

Solène, 20 ans, apprentie poissonnière après un BTS en gestion commerciale

 

Découvrez le métier de Solène, apprentie poissonnière sur les marchés en Vendée qui nous prouve que le métier n’a pas de genre !

 

  • Un métier familial, mais que Solène n’avait pas envisagé initialement pour sa carrière
  • Une réorientation et un CAP accéléré en un an en poissonnerie.

 


Merci à l’U2P pour ce beau témoignage d’une apprentie poissonnière passionnée qui nous présente son parcours, sa vision de l’avenir du métier et de sa féminisation ! Place à la découverte !

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ? Comment l’avez-vous découvert ?

Solène voulait initialement travailler dans les relations commerciales avec en point de mire la banque. Elle a organisé son parcours de formation dans cette perspective : d’abord un Bac Pro Commerce, puis un BTS. Elle a réalisé ses stages dans différents milieux : dans le commerce de l’habillement, de la décoration, dans la banque et enfin dans la poissonnerie familiale.

« Généralement quand les parents sont dans le commerce, les enfants sont amenés à goûter à cette ambiance et à contribuer à l’entreprise familiale. »

La comparaison de ces expériences a permis de révéler sa préférence pour la poissonnerie, en raison du contact clientèle, du rythme (« on n’attend pas les clients et on ne s’ennuie pas une minute ») et de l’ambiance conviviale (« on est vite emporté par l'ambiance des marchés »). Elle avait déjà travaillé en tant que vendeuse dans la poissonnerie familiale, pendant ses vacances scolaires et la saison d’été.

Son BTS en poche, elle décide donc d’en faire son métier et s’inscrit en CAP Poissonnier pour avoir les connaissances en préparation, et être à même de conseiller la clientèle. Le choix de la poissonnerie n’est donc pas une vocation d’enfance, il s’est imposé par comparaison aux autres secteurs envisagés.

Quel a été votre parcours de formation pour préparer ce métier ?

Solène a préféré le lycée professionnel au lycée général (où elle était éligible), dans l’objectif de faire des stages et d’acquérir de l’expérience professionnelle.

« À l'école, il faut rentrer dans des cases, le commerce ou des études longues. Je me disais que je n’avais pas besoin de Bac + 5 pour faire ma place ».

En fin de BAC, Solène a 17 ans et poursuit avec un BTS. Elle réalise deux stages en banque, le secteur dans lequel elle souhaite exercer. De ce premier cursus, elle se souvient que les élèves sont massivement orientés vers le monde de la « boutique » pour réaliser leurs stages. L’artisanat, les métiers de bouche, ne sont pas vraiment présentés comme une option.

Elle est déçue de cette expérience et de l’univers bancaire, et continue en parallèle les marchés avec l’entreprise familiale.

« Ça me plaisait, je me sentais bien dans ce métier. J'étais contente de me lever pour aller au travail ».

C’est alors que j’ai envisagé avec ma parents la possibilité de me former au métier en apprentissage.

Elle choisit de s’inscrire en CAP à la Maison Familiale Rurale de Cholet, car étant bachelière, elle peut le préparer en une année. Le Bac Pro, elle aurait dû le préparer en deux ans et il n’y avait pas de section à proximité.

Ils sont 10 apprentis (dont 3 femmes) au total dans sa classe, inscrits en 1ère ou en 2ème année. L’une d’entre-elles a également de la famille dans le métier. L’autre a découvert le métier à l’occasion d’un travail d’été et abandonné son projet de cursus en psychologie pour la poissonnerie. La plupart des élèves de la classe ne proviennent pas du collège. Un élève de la classe a 40 ans et est en formation adulte. Il était informaticien et il a envie d'ouvrir sa poissonnerie.

« On peut changer totalement de voie. Il faut juste se former un peu, être curieux, motivé ».

Solène est dispensée des matières générales et suit les enseignements pratiques pour acquérir les connaissances professionnelles et la pratique du milieu.

« Il faut des connaissances pour la préparation, savoir ce que l'on vend, connaître les recettes ».

La cuisine du poisson fait partie du programme du CAP. La partie traiteur, la vente de poêlées sont en progression dans l’activité.

Au CFA, une journée est consacrée à la préparation des poissons, l’autre à la cuisine (des plats qui sont ensuite servis à la cantine du CFA).

« Quand on a préparé la recette, on est très convaincant et on parle au client ».

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?

L’entreprise familiale travaille exclusivement sur les marchés. Elle compte 7 salariés l’hiver, 19 l’été avec les saisonniers (majoritairement des jeunes étudiants). Avec la saison touristique, l’entreprise passe en effet de 7 marchés hebdomadaires à 21. Pour chaque marché, il y a un préparateur (poissonnier) et des vendeurs.

L’ambiance de travail au marché est cordiale :

« On est tous collègues entre nous, il y a une solidarité entre les différents stands. Il y a un plaisir d'aller au travail, la motivation n’est pas uniquement de gagner de l’argent ».

Dans ce métier, Solène aime surtout le contact et la relation avec les clients, qui est unique :

« Ce ne sont pas seulement des clients, on les voit tous les jours, on peut créer des liens avec ceux. Ce n’est pas une clientèle de passage à qui il faut vendre ».

« On prend souvent le temps de discuter, on sait comment ils s'appellent. C'est vraiment un bel échange au niveau du relationnel. »

Le métier est valorisant :

« On fait plaisir aux clients, on essaie de leur faire goûter de nouveaux poissons, de nouvelles recettes. Il y a plus de challenge dans la vente de poisson que dans la vente de vêtements. On est indispensable. On a l'impression d'être plus utile ; le client a besoin de notre aide, de notre avis, de notre connaissance, de notre savoir-faire. »

Solène souligne enfin le tempo du métier, sans temps mort.

« Tout s'enchaîne très rapidement et on ne voit pas le temps passer ».

« Ce métier, c'est une très grosse organisation. Alors qu'on a les criées juste à côté de chez nous ».

Comme tous les métiers, celui de poissonnier a également des contraintes. Les premiers sont les horaires (pour les poissonniers exerçant notamment en marché). En tant que vendeuse, on commence à 07h00. En tant que poissonnière, le démarrage intervient dès 3 à 4h du matin. Il faut se lever très tôt, et il est difficile d’avoir une vie active le soir. On peut finir à 15h, 16h, 17h, parfois sans pause dans la journée. On est toujours dans l’action. Il faut être motivé.

Solène souligne néanmoins le côté positif des horaires, qui permettent d’être libérée plus tôt dans l’après-midi.

« C'est plutôt agréable d'avoir une partie de journée libre et de faire autre chose. »

Les autres difficultés sont les risques de coupure, le froid (« on a les mains dans la glace »). L’installation de l’étal est particulièrement physique avec des ports de charge (les bacs de glace et de poisson). Il faut donc être fort mentalement et physiquement.

Quels sont vos projets d’ici 10 ans ?

Le projet de Solène est un projet à long terme :

« Mon but c'est de faire toute ma vie dans ce milieu-là ; si je me lance, c’est que j'aimerais que ça me plaise jusqu'au bout ».

À court terme, son projet s’inscrit dans le projet familial. Ses parents souhaitent élargir leur activité. Maîtriser le métier va lui permettre d’être responsable de son propre banc sur les marchés. Plus tard, Solène aimerait gagner son indépendance en étant associée :

« J'aimerais avoir mon affaire à moi, avec mon banc, mes salariés, ma clientèle. »

Elle considère que les enseignements du BTS en gestion lui seront utiles : elle aime les chiffres, la gestion d’équipe.

« Pour moi, le côté social dans l'entreprise, les relations entre le dirigeant et les salariés, sont importants. »

« J’essaie aussi de soulager mes parents dans la gestion quotidienne ».

Ce BTS est un donc atout pour Solène, car elle peut aussi apporter à l’entreprise ces connaissances. Elle peut prendre en charge la facturation, le suivi comptable.

« Pour n'importe quelle entreprise, à partir du moment où on est son propre patron, on a besoin d'avoir des connaissances en gestion qu’on devrait aborder en formation ».

Poissonnière, un métier difficile pour une femme ?

Il y a globalement dans le métier peu de femmes à la préparation, mais beaucoup de vendeuses. Les horaires des poissonniers(s) sont en effet plus lourds : la gestion des achats démarre très tôt le matin (c’est souvent le patron qui s’en charge sur les criées) ; la préparation des bacs, leur chargement, la préparation des stands, tout cela doit être géré avant le travail de préparation des poissons.

« Les femmes ont moins de capacités physiques que les hommes. Les femmes ne seraient pas capables de décharger et recharger tous les jours des camions. On est debout, on marche beaucoup, on porte beaucoup de bacs remplis de glace. »

Elle a pourtant remarqué sur un marché une entreprise de poissonnerie où il n’y a que des femmes.

« Il n’y a pas d'homme dans leur entreprise et elles se débrouillent très bien. Ils doivent avoir leur organisation. Je suis sûre qu’une autre organisation du travail est possible ».

Solène ne connaissait pas de femme « poissonnière » avant son entrée en CAP. Dans son entreprise, tout se passe bien. Elle a remarqué que la méfiance est plutôt du côté des clients, quand le poisson est préparé par une femme.

« Le client va moins apprécier qu'on lui fasse la préparation, parce qu'il va craindre que ça soit mal fait ».

En matière de conciliation avec la vie personnelle, Solène est consciente que les horaires peuvent être compliqués avec la vie de famille.

« Ce n’est pas toujours facile d’organiser la garde des enfants quand on part très tôt le matin, et que l’on dort une partie de l’après-midi. »

Solène voit que la gestion d’une entreprise est exigeante en matière de temps.

« On est à fond dans le travail et dans la vie professionnelle.
« On se perd, on n’en sort pas ».

Comment procéder pour mieux promouvoir ce métier auprès des jeunes et des jeunes femmes ?

Les jeunes mangent de moins en moins de poisson et ne connaissent pas le métier de poissonnier, à moins d’y avoir travaillé en travail saisonnier. L’image est généralement négative et restreinte à celle des odeurs du produit. Pourtant c’est un métier qui présente des avantages : l’ambiance, des horaires (pour les vendeurs) qui permettent d’avoir les après-midis libres.

« On se rend compte aussi que l’on peut aussi très bien gagner sa vie ».

Pour faire connaître ce métier, Solène pense qu’il est nécessaire de développer les interventions de professionnels dans les écoles, y compris dans les lycées et dans les classes de BTS. Le bouche-à-oreille fonctionne bien. Solène a parlé autour d’elle du métier, des amis ont travaillé en saison.

« C'est aussi aux personnes qui travaillent dans ce domaine d'en parler, de dire que c'est un métier qui a plein d'avantages, de ne pas montrer que le négatif ».

Elle suggère de ...

« faire comme vous faites avec moi, interroger des personnes qui travaillent dans ces métiers pour sensibiliser les autres et donner envie aux jeunes ».
« On a besoin de la nouvelle génération. Il faudrait leur montrer dès le plus jeune âge que ces métiers existent pour pouvoir prendre le relais par la suite, pour que ce métier continue de d'exister. Sinon, les grandes surfaces vont tout prendre ».

Crédit interview : U2P France